Les eaux de Vichy

À Madame de Grignan.

Mercredi 20 mai 1667.

J’ai donc pris les eaux ce matin, ma très chère ; ah, qu’elles sont méchantes ! On va à six heures à la fontaine : tout le monde s’y trouve, on boit, et l’on fait une fort vilaine mine ; car imaginez-vous qu’elles sont bouillantes, et d’un goût de salpêtre fort désagréable. On tourne, on va, on vient, on se promène, on entend la messe. Enfin, on dîne ; après dîner, on va chez quelqu’un : c’était aujourd’hui chez moi. Mme de Brissac a joué à l’hombre avec Saint-Hérem et Plancy ; le chanoine et moi, nous lisons l’Arioste ; elle a l’italien dans la tête, elle me trouve bonne. Il est venu des demoiselles du pays avec une flûte, qui ont dansé la bourrée dans la perfection. C’est ici où les bohémiennes poussent leurs agréments : elles font des dégognades, où les curés trouvent un peu à redire ; mais enfin, à cinq heures, on va se promener dans des pays délicieux ; à sept heures, on soupe légèrement, on se couche à dix. Vous en savez présentement autant que moi. Je me suis assez bien trouvée de mes eaux, j’en ai bu douze verres. Elles m’ont un peu purgée, c’est tout ce qu’on désire. Je prendrai la douche dans quelques jours. Je vous écrirai tous les soirs ; ce m’est une consolation et ma lettre partira quand il plaira à un petit messager qui apporte les lettres, et qui veut partir un quart d’heure après : la mienne sera toujours prête.

Madame de Sévigné, Lettres choisies.


En parlant d’eau...

1. Voici deux expressions du texte de Mme de Sévigné : « J’ai pris les eaux. » (l. 1) – « Je me suis assez bien trouvée de mes eaux. » (l. 19-20).

En vous aidant du contexte, trouvez une expression synonyme (et simple) pour chacune de ces deux expressions.

2. Donnez du mot « e a u » une définition qui soit la plus courte possible et qui s’articulera autour d’adjectifs qualificatifs.

3. Voici des expressions qui comportent le mot « eau ». Pour chacune d’entre elles, fournissez une expression synonyme.

Dans certains cas cependant, un simple verbe suffira : a. Être en eau. – b . Avoir l’eau à la bouche. – c . Mettre l’eau à la bouche. – d. De la même eau. – e. De la plus belle eau.

4 .Pour chacune des expressions suivantes, inscrivez une expression synonyme qui s’articulera autour du mot « e a u » :

a. Modérer ses prétentions. – b . Ne pas être imperméable. – c . Faire une cure thermale. – d . Il n’est pas intelligent. – e . V i v r e sans se préoccuper des nécessités matérielles. – f . Être oublié, échouer. – g . Prendre soudainement une décision audacieuse. – h . Suivre quelqu’un, partager ses opinions. – i . Approximativement.

5 .Citez un maximum d’homonymes hétérographes du mot « e a u » et employez-les dans une courte phrase qui mettra leur sens en valeur. (Il en existe sept ; vous devez en trouver au moins cinq.)

Exercice oral

Concentrez-vous, réfléchissez et répondez le plus rapidement possible aux questions suivantes :

1. Comment disait-on « eau » en latin ? Le mot entre dans la composition de nombreux mots français.

2. Comment disait-on « eau » en grec ? Le mot entre dans la composition de nombreux mots français.

3. Quel est le symbole chimique de l’eau ?

4. Au sens figuré, quand on parle de l’eau d’une pierre précieuse ou d’une perle, quelles qualités juge-t-on ?

5. Citez quatre mots français commençant par « aqua ».

6.Citez quatre mots français commençant par « hydro ».

7 .Quel type de rapport pouvez-vous établir entre les noms de villes suivantes : Aix-les-Bains, Aix-en-Provence, Aigues-Morte, la Tour d’Aigues, Aiguebelle ?

8.Qu’est-ce que l’eau-de-vie ?

9.Qu’est-ce que l’eau de Cologne ?

10. Le terme « e a u - f o r t e », quand il désigne des gravures, a-t-il un rapport avec l’eau ? Si oui, lequel ?

Autres temps, autres mots

1. Les « m é c h a n t e s » eaux (l. 1) : quel est le sens de « méchantes » ici ?

2.a . Relevez une phrase composée d’une énumération décrivant les actions de Mme de Sévigné et de ses proches.

b. Comment appelle-t-on ce genre de vie tourné vers les relations, les rencontres fréquentes ? Quel adjectif qualifie ce genre particulier de vie sociale ?

3. À qui le « on » renvoie-il ici ?

4.Quel est le sens du mot « d î n e r » (l.7) dans le texte de Mme de Sévigné et à son époque ?

5.Quelle hypothèse pouvez-vous formuler sur l’Arioste ?

6.Comment exprimeriez-vous personnellement les deux idées suivantes ?

a. « Elle a l’italien dans la tête. » (l. 10-11) b. « Elle me trouve bonne » (en italien). (l. 11)

7.D’après le contexte, quel est le sens du mot « dégognades » (l. 15) ?

8.Quel est le sens du verbe « soupe » (l.17) dans le texte de Mme de Sévigné et à son époque ?

Autres temps, autres mœurs

1 .Madame de Sévigné et ses amis jugent les eaux « m é c h a n t e s » ; elle-même semble se féliciter et quasiment considérer comme un exploit le fait d’avoir bu douze verres d’eau de Vichy. Quelle remarque faites-vous ? Pensez à votre propre consommation d’eau et au discours sur l’eau que tiennent les médecins, les diététiciens, tous les partenaires santé.

2 .« Je prendrai la douche dans quelques jours. » (l. 21-22)

a. Quel commentaire faites-vous sur le choix du déterminant « l a » de préférence à « ma » ou « une » ?

b . Qu’en concluez-vous ? Cette conclusion vous paraît-elle valable uniquement pour Mme de Sévigné ou concerne-t-elle également l’ensemble de ses contemporains ?

3.Comment le courrier fonctionne-t-il à cette époque ?

4 .Mme de Sévigné écrit-elle souvent à sa correspondante – qui se trouve être sa f i l l e ? Que pensez-vous de cette fréquence par rapport à nos usages contemporains ?


En parlant d’eau...

1. J’ai fait une cure thermale. – L’eau que j’ai bue m’a été profitable.

2. Liquide incolore, inodore, transparent et insipide lorsqu’il est pur.

3 .a . Être en nage. – b . Saliver. – c . A l l écher. – d . Du même genre. – e . R e m a rquable en son genre

4. a . Mettre de l’eau dans son vin. – b. Prendre l’eau. – c . Aller aux eaux / prendre les eaux. – d . Il n’a pas inventé l’eau tiède / chaude. – e. Vivre d’amour et d’eau fraîche. – f . Être à l’eau. – g . S e jeter à l’eau. – h . Être dans les eaux de quelqu’un. – i. Dans ces eaux-là.

5. Je vais a u cinéma. – Mettez-vous des aulx dans votre gigot? – Ils vont aux Antilles. – Ce tabouret n’est pas h a u t. – Ô temps! suspends ton vol ! (Lamartine) – O h ! comme je suis heureuse de te v o i r ! – Donnez-moi des o s pour mon chien.

 

Exercice oral

1. aqua / aqu.

2. hydro.

3. H2O.

4. Sa transparence, sa pureté.

5. Aquarelle, aquarium, aquatique, aqueduc.

6. Hydrofuge, hydrolat, hydrogène, hydrographie.

7. Ce sont toutes des villes construites autour d’un point d’eau important.

8. Liquide alcoolique consommable provenant de la distillation du jus fermenté des fruits ou de la distillation de substance alimentaires (céréales, tubercules).

9. Eau dans laquelle entrent plusieurs essences (citron, bergamote, néroli, girofle, etc.).

1 0 . E a u - f o r t e : a . Acide nitrique étendu d’eau dont les graveurs (aquafortistes) se servent pour attaquer le cuivre là où le vernis a été enlevé par la pointe. –

b . Gravure utilisant ce procédé.

 

Autres termes, autres mots

1. Mauvaises au goût, désagréables.

2. a. Lignes 6 à 7. – b. Vie mondaine.

3 . L’épistolière, ses amis et ses relations.

4. Il s’agit de notre actuel déjeuner.

5 . Auteur contemporain ou antérieur à Mme de Sévigné et dont elle pouvait se procurer les œuvres en italien. Poète italien (1474-1533). Ambassadeur auprès du cardinal Hippolyte d’Este, gouverneur de la Garfagnana, il dut travailler de nombreuses années – afin de subvenir à l’éducation de ses neuf frères et sœurs – avant de pouvoir se consacrer à son art à Ferrare dans sa petite maison (« parva sed apta mihi » ). Poète mais également dramaturge, l’Arioste est surtout connu pour Roland Furieux, poème de 39 000 vers qui est une subtile parodie du roman c h e v a l e r e s q u e .

6. a. Elle parle couramment / parfaitement italien. – b. Elle trouve que j’ai un bon niveau en italien.

7. Des danses, des mouvements, des mimiques, des grimaces à la limite des manières élégantes.

8. Dîner.

 

Autres temps, autres mœurs

1. On ignorait totalement les bienfaits de l’eau pour la santé. Les consommations journalières étaient en général bien inférieures à ce qu’elles auraient dû être.

2. C’est un acte qui reste une pratique étrangère, inhabituelle, exotique, technique, peu chargé d’affect. L’hygiène était loin d’être alors ce qu’elle devenue depuis la guerre.

3. Par messagers spéciaux avec un manque d’organisation et une lenteur profonde.

4. Cette fréquence étonnante pour nous s’explique par la difficulté des communications à l’époque, l’absence de tout autre moyen de communication à distance que la lettre.


source : cyberpotache