Commentaire composé : Jean Tardieu : Oradour

Texte étudié :

Le 10 juin 1944, la population toute entière, hommes, femmes, enfants, vieillards, d'un paisible village limousin, Oradour-sur-Glane, est exterminée sans raison par une division SS.


Oradour n'a plus de femmes
Oradour n'a plus un homme
Oradour n'a plus de feuilles
Oradour n'a plus de pierres
Oradour n'a plus d'église
Oradour n'a plus d'enfants


Plus de fumée plus de rires
Plus de toîts plus de greniers
Plus de meules plus d'amour
Plus de vin plus de chansons.


Oradour, j'ai peur d'entendre
Oradour, je n'ose pas
Approcher de tes blessures
De ton sang de tes ruines,
je ne peux je ne peux pas
Voir ni entendre ton nom.


Oradour je crie et hurle
Chaquefois qu'un coeur éclate
Sous les coups des assassins
Une tête épouvantée
Deux yeux larges deux yeux rouges
Deux yeux graves deux yeux grands
Comme la nuit la folie
Deux yeux de petits enfants:
Ils ne me quitteront pas.


Oradour je n'ose plus
Lire ou prononcer ton nom.


Oradour honte des hommes
Oradour honte éternelle
Nos coeurs ne s'apaiseront
Que par la pire vengeance
Haine et honte pour toujours.


Oradour n'a plus de forme
Oradour, femmes ni hommes
Oradour n'a plus d'enfants
Oradour n'a plus de feuilles
Oradour n'a plus d'église
Plus de fumées plus de filles
Plus de soirs ni de matins
Plus de pleurs ni de chansons.


Oradour n'est plus qu'un cri
Et c'est bien la pire offense
Au village qui vivait
Et c'est bien la pire honte
Que de n'être plus qu'un cri,
Nom de la haine des hommes
Nom de la honte des hommes
Le nom de notre vengeance
Qu'à travers toutes nos terres
On écoute en frissonnant,
Une bouche sans personne,
Qui hurle pour tous les temps.

Le 10 juin 1944, l’armée allemande perd des batailles, commence à fatiguer. Une division de soldats du Reich entreprend de regagner les villes du centre puis du nord de la France. Sur son chemin, animée d’une colère froide, d’une folie sanglante, elle choisit de décimer au hasard un village paisible du Limousin: ce sera Oradour sur Glane. Vengeance, ce massacre s’avère être un bon moyen de marquer les consciences, de semer la terreur et de réaffirmer la supériorité des Nazis… Cet acte génocide, dépassant l’entendement, exemple de la monstruosité humaine, choque encore aujourd’hui par sa barbarie et sa férocité sans borne. Il se pose également, après les camps de concentration et la Résistance, comme le symbole même des martyrs de guerre en France. Aucun des habitants ne sera épargné. Les hommes fusillés, les femmes et les enfants brûlés vifs dans l’église…

Citations du poète :

« De tout temps, la poésie, quand elle correspond vraiment à l'élan authentique d'un poète, paraît illisible. »
« Si le poète cherchait directement à faire facile, ce serait désastreux car le poème perdrait toute vérité, il deviendrait artificiel. »

Introduction :

Jean Tardieu (1903-1995), écrivain français, a travaillé aux Musées Nationaux puis chez Hachette et après la guerre, à la Radiodiffusion française. Traducteur de Goethe et de Hölderlin, il reçoit le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres en 1986. . Difficilement classable, poète avant tout et surtout, il écrit aussi pour le théâtre (Théâtre de chambre) et travaille à la radio pendant une vingtaine d'années (Club d'essai). Il remet en jeu les conventions des genres et tente des expériences à propos du langage poétique et de sa relation avec le langage de tous les jours. Son poème « Oradour », composé en heptasyllabes est une longue dénonciation de l’horreur nazie pour que chacun se souvienne, un grand cri de révolte, une plainte lancinante et retentissante, un hymne à l’innocence bafouée.

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