Jules Supervielle « Soyez bon pour le poète » (1919) in Poèmes de l’humour triste

Texte :

Soyez bon pour le Poète,
Le plus doux des animaux.
Nous prêtant son coeur, sa tête,
Incorporant tous nos maux,
Il se fait notre jumeau;
Au désert de l'épithète,
Il précède les prophètes
Sur son douloureux chameau;
Il fréquente très honnête,
La misère et ses tombeaux,
Donnant pour nous, bonne bête,
Son pauvre corps aux corbeaux;
Il traduit en langue nette
Nos infinitésimaux.
Ah! donnons-lui, pour sa fête,
La casquette d'interprète !

Supervielle, Poèmes de l'humour triste, 1919

Introduction :

Le poète a-t-il sa place dans la société ? A-t-il un rôle, une mission ? En quoi l’activité poétique consiste-t-elle exactement ? Autant de questions qui ne cessent de hanter les poètes et de leur inspirer certaines de leurs œuvres les plus émouvantes. Supervielle, sur le pont de publier un de ses tout premiers recueils, se confronte lui aussi à ces interrogations dans un bref poème sans titre qui s’ouvre comme une prière : « Soyez bon pour le poète… » Pour convaincre les lecteurs, il compose un subtil plaidoyer pour le Poète tout en révélant sa conception du travail poétique : il rejoint par là une tradition littéraire ancienne, qu’il renouvelle cependant par une écriture légère et une tonalité très personnelle.

Pour accèder à ce contenu,
il vous faut 1 code(s) d'accès.

Pour savoir comment obtenir un code, cliquez sur le drapeau de votre pays :


Votre navigateur doit accepter les cookies
Cookies have to be enabled on your browser
Entrez le(s) code(s) d'accès