Commentaire philosophique : Kant : Théorie et pratique : La liberté en tant qu'homme

« La liberté en tant qu’homme, j’en énonce le principe pour la constitution d’une communauté dans la formule : personne ne peut me contraindre à être heureux d’une certaine manière (celle dont il conçoit le bien des autres hommes), mais il est permis à chacun de chercher le bonheur dans la voie qui lui semble à lui être la bonne, pourvu qu’il ne nuise pas à la liberté qui peut coexister avec la liberté de chacun selon une loi universelle possible (autrement dit, à ce droit d’autrui). _ Un gouvernement qui serait fondé sur le principe de la bienveillance envers un peuple, tel celui d’un père envers ses enfants, c’est-à-dire un gouvernement paternel (…), où par conséquent les sujets, tels des enfants mineurs incapables de décider ce qui leur est vraiment utile ou nuisible, sont obligés de se comporter de manière uniquement passive, afin d’attendre uniquement du jugement du chef de l’Etat la façon dont ils doivent être heureux, et uniquement de sa bonté qu’ils le veuillent également, - un tel gouvernement, dis-je, est le plus grand despotisme que l’on puisse concevoir (constitution qui supprime tout liberté des sujets qui, dès lors, ne possèdent plus aucun droit). »

KANT, Théorie et pratique, éd. Vrin, p.31

Introduction :

La question du rapport entre bonheur et politique intéresse nombre de philosophes et est au centre de nombreuses théories politiques. Elle est fortement liée au rapport entre l’individu et la communauté, entre le domaine privé et le domaine public. Est-ce le rôle d’un état qui cohère toutes les individualités d’organiser le bonheur particulier ? La réponse de Kant est de prévenir contre une intervention trop présente de l’Etat dans le bonheur particulier et de limiter son action à une juste répartition des droits et des libertés.

Cet extrait de Théorie et pratique, écrit en 1793, se présente à l’origine comme une définition de la notion de liberté dans une communauté humaine, c’est-à-dire dans son versant politique. De même, il témoigne tout à fait de l’idée que Kant se fait de l’Etat, un principe d’ordre qui fédère des êtres doués de raison autour de lois générales auxquels ils souscrivent pour leur propre intérêt. De même, l’Etat idéal est défini en opposition à un contre exemple : le despotisme. On perçoit enfin que la liberté doit être répartie justement entre les hommes pour qu’ils aient les mêmes droits et pour accéder au bonheur. La véritable question du texte semble alors porter sur les liens entre gouvernement et individu, ou soit entre bonheur des individus et politique.

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