Commentaire composé : Hugo : Hernani : Acte I scène 1

Texte étudié :

ACTE I, SCÈNE 1 : LE ROI

SARAGOSSE

Une chambre à coucher. La nuit. Une lampe sur une table.

 

HERNANI

1830

- doña JOSEFA DUARTE, vieille, en noir, avec le corps de sa jupe cousu de jais, à la mode d'Isabelle la Catholique DON CARLOS.
- doña JOSEFA, seule. (Elle ferme les rideaux cramoisis de la fenêtre et met en ordre quelques fauteuils. On frappe à une petite porte dérobée à droite. Elle écoute. On frappe un second coup.)
Serait-ce déjà lui ? (Un nouveau coup.)
    C'est bien à l'escalier
Dérobé.
(Un quatrième coup.)
       Vite, ouvrons.
(Elle ouvre la petite porte masquée. Entre don Carlos, le manteau sur le nez et le chapeau sur les yeux.)
        Bonjour, beau cavalier.
(Elle l'introduit. Il écarte son manteau et laisse voir un riche costume de velours et de soie, à la mode castillane de 1519. Elle le regarde sous le nez et recule étonnée.)

Quoi, seigneur Hernani, ce n'est pas vous ! - Main-forte !
Au feu !
DON CARLOS, lui saisissant le bras.
  Deux mots de plus, duègne, vous êtes morte !
(Il la regarde fixement. Elle se tait, effrayée.)
Suis-je chez Doña Sol, fiancée au vieux duc
De Pastraña, son oncle, un bon seigneur, caduc,
Vénérable et jaloux ? dites ? La belle adore
Un cavalier sans barbe et sans moustache encore,
Et reçoit tous les soirs, malgré les envieux,
Le jeune amant sans barbe à la barbe du vieux.
Suis-je bien informé ?
(Elle se tait. Il la secoue par le bras.)
Vous répondrez peut-être ?
Doña JOSEFA Vous m'avez défendu de dire deux mots, maître.
DON CARLOS Aussi n'en veux-je qu'un. - Oui, - non. - Ta dame est bien
 Doña Sol de Silva ? Parle.
Doña JOSEFA          Oui. - Pourquoi ?
DON CARLOS                Pour rien.
Le duc, son vieux futur, est absent à cette heure ?
Doña JOSEFA Oui.
DON CARLOS        Sans doute elle attend son jeune ?
Doña JOSEFA          Oui.
DON CARLOS               Que je meure
Doña JOSEFA& Oui.
DON CARLOS Duègne, c'est ici qu'aura lieu l'entretien ?
Doña JOSEFA Oui.
DON CARLOS    Cache-moi céans.
Doña JOSEFA     Vous !
DON CARLOS       Moi.
Doña JOSEFA         Pourquoi ?
DON CARLOS           Pour rien.
Doña JOSEFAMoi vous cacher !
DON CARLOS     Ici.
Doña JOSEFA         Jamais !
DON CARLOS, tirant de sa ceinture un poignard et une bourse.
 Daignez, madame,
Choisir de cette bourse ou bien de cette lame.
Doña JOSEFA, prenant la bourse.
Vous êtes donc le diable ?
DON CARLOS     Oui, duègne.
Doña JOSEFA, ouvrant une armoire étroite dans le mur. Entrez ici.
DON CARLOS, examinant l'armoire.
Cette boite ?
Doña JOSEFA, la refermant. Va-t'en, si tu n'en veux pas.
DON CARLOS, rouvrant l'armoire.  Si ! (L'examinant encore.)
Serait-ce l'écurie où tu mets d'aventure
Le manche du balai qui te sert de monture ? (Il s'y blottit avec peine.)
Ouf !
Doña JOSEFA, joignant les mains et scandalisée.
Un homme ici !
DON CARLOS, dans l'armoire restée ouverte.
C'est une femme, est-ce pas,
Qu'attendait ta maîtresse ?
Doña JOSEFA       Ô ciel ! j'entends le pas
De doña Sol. - Seigneur, fermez vite la porte.
(Elle pousse la porte de l'armoire qui se referme.)

DON CARLOS, de l'intérieur de l'armoire.
Si vous dites un mot, duègne, vous êtes morte.
doña JOSEFA, seule.
Qu'est cet homme ? Jésus mon Dieu ! si j'appelais ?
Qui ? Hors madame et moi, tout dort dans le palais.
Bah ! l'autre va venir. La chose le regarde.
Il a sa bonne épée, et que le ciel nous garde
De l'enfer ! (Pesant la bourse.)

    Après tout, ce n'est pas un voleur.
(Entre doña Sol, en blanc. Déna Josefa cache la bourse.)

Commentaire :

Ce drame romantique composé en 1830 cause à l’époque une véritable révolution littéraire ! Il met à bas les grandes règles classiques (notamment celle des trois unités, temps, lieu, action). Il mélange également le sublime et le grotesque, choque la bienséance et mêle les registres de langue. Le rideau s’ouvre sur une scène nocturne à Saragosse en Espagne. Dona Josepha Duarte, vieille duègne espagnole du temps du roi Don Carlos, seule, dans la pénombre d’un palais. On entend des coups à une « petite porte dérobée ».

Dégager des axes de lecture :

La scène joue son rôle de scène d’exposition et fournit aux spectateurs les éléments nécessaires à la compréhension du déroulement du drame. Mais elle présente aussi quelques unes des caractéristiques fondamentales du drame romantique : contrairement aux œuvres dramatiques du dix septième siècle classique, Hugo accorde ici une grande importance aux éléments matériels de mise en scène : par ailleurs, le mélange des genres, le jeu des contrastes et le traitement du vers marquent une totale rupture avec les conventions théâtrales de la tradition classique.

Plan :

I / Une scène d'exposition
II / L'importance de la mise en scène
II / Rupture avec les conventions

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