Commentaire composé : Chateaubriand : Mémoires d'Outre-Tombe : La grive de Montboissier

 
Pasage célèbre des mémoires d'outre tombe l'extrait choisi porte sur une petite promenade.
Avant d'évoquer Combourg chateaubriand se plait  présenter un souvenir déterminant, la grive de Montboissier.
Nous étudirons ce texte selon 3 axes, nous verons tout d'abord la magie du souvenir, puis nous étudirons la distinction entre le temps de l'écriture et celui du souvenir et enfin nous montrerons en quoi ce pasage est une autobiographie.

Hier au soir je me promenais seul; le ciel ressemblait à un ciel d'automne; un vent froid soufflait par intervalles. A la percée d'un fourré, je m'arrêtai pour regarder le soleil: il s'enfonçait dans des nuages au-dessus de la tour d'Alluye, d'où Gabrielle, habitante de cette tour, avait vu comme moi le soleil se coucher il y a 200ans. Que sont devenus Henri et Gabrielle? Ce que je serai devenu quand ces Mémoires seront publiés
Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d'une grive perchée sur la plus haute branche d'un bouleau. A l'instant, ce son magnifique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel; j'oubliai les catastrophes dont je venais d'être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j'entendis si souvent siffler la grive. Quand jr l'écoutai alors, j'étais triste de même qu'aujourd'hui; mais cette première tristesse était celle qui naît d'un désir vague de bonheur, lorsqu'onest sans expérience; la tristesse que j'éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l'oiseau dans les bois de Combourg m'entretenait d'une félicité que je croyais atteindre; le même chant dans le parc de Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité insaisissable. Je n'ai plus rien à apprendre, j'ai marché plus vite qu'un autre, et j'ai fait le tour de la vie. Les heures fuient et m'entaînent; je n'!
 ai pas même la certitude de pouvoir achever ces Mémoires. Dans combien de lieux ai-je déjà commencé à les écrire, et dans quel lieu les finirai-je? Combien de temps me promènerai-je au bord des bois? Mettons à profit le peu d'instants qui me restent; hâtons-nous de peindre ma jeunesse, tandis que j'y touche encore: le navigateur, abandonnant pour jamais un rivage enchanté, écrit son journal à la vue de la terre qui s'éloigne et qui va bientôt disparaître.

Chateaubriand Mémoires d’Outre Tombe (1848-1850)

Introduction :

Situer le passage :

Le troisième livre de la Première partie s’ouvre, à la date de juillet 1817, sur un constat désenchanté : que reste-t- il de l’Empire, désormais « abîmé » comme une « immense ruine » ? Quant aux illusions monarchiques de Chateaubriand, ne sont-elles pas évanouies dès le début de la Restauration ? Et pourquoi reprendre la plume ? Le mémorialiste réside pour l’heure au château de Montboissier, sur les confins de la Beauce et du Perche : peu de choses subsistent de l’ancienne demeure et le parc est à l’abandon.

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