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Au bout du petit matin de Aimé Césaire (cliquez sur le titre ou l'auteur pour effectuer une recherche)
Auteur : Aimé Césaire
Titre : Au bout du petit matin
Époque : 20 ième
Oeuvre dont est tiré le titre : Cahier d’un retour au pays natal
Au début de son poème, Césaire congédie le Noir humilié qui accepte son sort. Il dénonce l’état dégradé des Antilles et en appelle à un nouveau réveil .
Au bout du petit matin…
Va-t’en, lui disais-je, gueule de flic, gueule de vache, va-t’en
je déteste les larbins de l’ordre et les hannetons de l’espérance.
Va-t’en mauvais gris-gris, punaise de moinillon. Puis je me tournais vers
des paradis pour lui et les siens perdus, plus calme que la face d’une
femme qui ment, et là, bercé par les effluves d’une pensée
jamais lasse je nourrissais le vent, je délaçais les montres et
j’entendais monter de l’autre côté du désastre,
un fleuve de tourterelles et de trèfles de la savane que je porte toujours
dans mes profondeurs à hauteur inverse du vingtième étage
des maisons les plus insolentes et par précaution contre la force putréfiante
des ambiances crépusculaires, arpentée nuit et jour d’un
sacré soleil vénérien
Au bout du petit matin bourgeonnant d’anses frêles les Antilles qui ont faim, les Antilles grêlées de petite vérole, les Antilles dynamitées d’alcool, échouées dans la boue de cette baie, dans la poussière de cette ville sinistrement échouées.
Au bout du petit matin, l’extrême, trompeuse désolée eschare sur la blessure des eaux ; les martyrs qui ne témoignent pas ; les fleurs de sang qui se fanent et s ‘éparpillent dans le vent inutile comme des cris de perroquets babillards ; une vieille vie menteusement souriante , ses lèvres ouvertes d’angoisses désaffectées ; une vieille misère pourrissant sous le soleil, silencieusement ; un vieux silence crevant de pustules tièdes, l’affreuse inanité de notre raison d’être.
Au bout du petit matin, sur cette plus fragile épaisseur de terre que dépasse de façon humiliante son grandiose avenir – les volcans éclateront, l’eau nue emportera les taches mûres du soleil et il ne restera plus qu’un bouillonnement tiède picoré d’oiseaux marins – la plage des songes et l’insensé réveil.
Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal (1947)
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