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Les mots de chez moi, des mots solides... de Sarraute (cliquez sur le titre ou l'auteur pour effectuer une recherche)

Auteur : Sarraute

Titre : Les mots de chez moi, des mots solides...

Époque : 20 ième

Oeuvre dont est tiré le titre : Enfance

Enfance, est une autobiographie d’un genre conventionnel, ce qui va à l’encontre de ce que Sarraute avait fait jusqu’à présent.

Elle va raconter sa petite enfance : de son premier souvenir jusqu’à son entrée en sixième. Le livre est fait de petits souvenirs juxtaposés, elle n’essaie pas de raconter quelque chose de suivie. De plus il y a dans ce livre une double voix, en effet il y a la voie d’un censeur qui veille à la vérité du souvenir. Cette oblige l’auteur à approfondir sa réflexion.

Avec cette œuvre, elle pose le problème de l’écriture autobiographique. Elle parle de sa petite enfance : pas de souvenirs très nettes, juste des sensations qu’elle appellera des « tropismes » : sensations qui nous submergent mais qui n’ont pas encore de mots.

L’extrait : Natacha est en Russie auprès de sa mère qui écrit des textes pour enfant. Sa fille écrit des histoires, un jour un éditeur vient, il est moyennement enthousiasmé. « Avant de se mettre à écrire un roman, il faut apprendre l’orthographe » (l 37, 38). Cette anecdote aura un impact sur la vie de Natacha.

4 Axes :
I/ Relation entre la narratrice et les personnages
II/ Rapport aux mots
III/ les problèmes de la création littéraire
IV/ L’écriture autobiographique

  • I/ relation entre la narratrice et les personnages :

La narratrice se souvient qu’elle écrivait un roman (l 23, 36) « un roman, mon roman ».

Personnages

Jeune homme

princesse

cosaques

sorcière

Détails sur les personnages (personnages fascinants).

Pâle, boucles blonde (l 8).

Taille de guêpe, cheveux noirs et longs (l 20). Cheveux défaits = intimité, voile blanc qui les couvre : pureté de la jeune fille.

Aventurier : poitrine bombée avec la cartouchière (l 14), vêtements sobres « tunique noire », cheval « coursier fougueux ».

Cheveux dénoués : « mèches grises pendantes », « doigts crochus » (l 26, 27).

Situation dans laquelle ils sont peints.

Malade, il est tuberculeux : maladie distinguée et à la mode.

Ils ne font qu’un, le cosaque a enlevé la princesse. (Géorgie : partie la plus évoluée de la Russie)

Cosaque : vie dans les steppes.

Ils sont réunis par l’amour, ils s’enfuient (l 15, 17), jeune fille qui cherche la protection (l 19). Ils se murmurent des serments d’amour (l 18).

Assise, elle représente une halte dans la course des amoureux, elle leur prédit l’avenir.

Eléments de décors.

Montagnes du Caucase

Gorges (l17), décor impressionnant.

(l 27) : le feu, la nuit, l’obscurité, représente l’errance du Tzigane. Décor Mystérieux.

 

La narratrice apparaît dans le début du paragraphe 3 (l 23) « je dois les accueillir ». relation d’étrangeté avec les personnages (l 7) « je ne connais pas du tout ce jeune homme », (l 11) « je n’ai jamais été proche de la princesse ». (l 21) « je ne me sens pas très bien auprès d’eux », elle éprouve un malaise. Difficulté à les appréhender (l 29), cela débouche sur un échec (l 23) « j’ai beau essayer, il n’y a rien à faire ».

Relation difficile avec les personnages.

  • II/ Rapport de la narratrice avec les mots :

La narratrice dès le début du paragraphe s’assimile aux mots : (l 6) « et moi je suis comme eux ». Il existe différentes sortes de mot :

  • Les mots qui ont un double sens.
  • Les mots familiers.
  • Les mots qu’elle utilisent (l 1) « les mots de chez moi ».

Elle constate que lorsqu’elle place les mots sur du papier, elle ne les reconnaît plus, ils deviennent inadaptés. Cette inadaptation est caractérisée par une série de négations (l 4 et 5).

Différences entre deux mondes :

  • Le réel où elle vie est un monde facile, immédiatement accessible.

  • Le monde de la littérature est difficile, avec des règles différentes du monde réel. (l 3) «  pays inconnu », (l 4) « société avec des usages. Nathalie est perdue, elle n’a pas le code d’accès :(l 6) « je me suis égarée », « j’erre », « je ne connais pas ».

Elle essaie malgré ses difficultés de prendre au piège ses personnages qui lui échappent (l 14) « je m’efforce de les rattraper quand ils s’enfuient », (l 15, 16) « je lance sur lui ce mot ». Elle essai de cerner cet univers, tentatives très difficiles, pourtant, elle ne peut faire autrement (l 22,23). Les mots ne lui obéissent plus (l 31, 32). Il lui faut trouver les outils appropriés qui obéissent aux lois de ce monde.

  • III/ Le problème de la création littéraire :

Les difficultés : les personnages qu’elle présentent ici ont un double aspect paradoxal dans le sens qu’ils semblent à la fois proche et inaccessible :

  • Proche car elle les voit de façon très précise.
  • Inaccessible car (l 7) « je ne connais pas », (l 11) « je n’ai jamais été proche », (l 27) « ils m’intimident ».

Les personnages qu’elle a crée sont des stéréotypes. L’écrivain est-il libre d’écrire ce qu’il veut ou est-il conditionné ?

Les personnages crées par la petite fille sont des stéréotypes empruntés à ces différentes lectures.

Peut-on perler d’originalité pour un écrivain ?

L’écrivain se trouve dans l’obligation d’écrire, paragraphe 3 « je dois », (l 23) « ils doivent vivre », (l 24) « il faut que je reste ici avec eux ».

Vocabulaire de l’enfermement (l 35, 36) « je suis enfermée, impossible d’en sortir », métaphore de l’envoûtement (l 35), (l 37) « le charme ». L’impossibilité d’échapper est renforcée par la construction passive. Angoisse existentielle : déterminisme de la création : l’écrivain n’est pas libre de son choix, de plus il est condamné à écrire.

La magie de l’écriture : l’écrivain est un démiurge, il crée de nouveaux mondes, des personnages mystérieux, exotiques, il a tous les droits sur ces personnages. L’écrivain peut personnifier les mots, ils deviennent au même plan que l’écrivain lui-même. Les mots sont des instruments qu’il se sert comme d’une arme (l 15) « je lance sur lui ce mot ». Les mots sont les alliés indispensables de l’écrivain et des moyens de la création même si ils sont difficiles à manier. Ces doivent être apprivoiser (l 31-32)  « ils sont glacés, découpés sur des feuilles de métal clinquant ».

  • IV/ L’écriture autobiographique :

Dans le texte, le « je » est très présent (environ 30 occurrences). « Je » représente Natacha, c'est-à-dire le personnage enfant, l’écrivain n’est pas présent : pas de « je » d’énonciation.

Emploi du présent : le présent est le temps majoritaire. C’est un présent d’actualisation, elle se remet dans la situation, elle revit cette période de l’écriture. Le présent peut aussi être un présent d’habitude pour montrer ses efforts répétés pour essayer d’écrire. Elle raconte ses essais, ses difficultés, mais elle analyse aussi ses efforts et les commentent. A travers cette analyse, la narratrice apparaît.

On voit la présence de l’énonciatrice dans l’importance qu’elle donne à l’épisode anodin de la fin. Elle revit cette impression de soulagement qu’a provoqué la parole de l’éditeur. Ce jugement négatif oriente sa création littéraire à posteriori. A partir de ce moment, Nathalie est libérée de l’obligation d’écrire. Lorsqu’elle écrira plus tard, elle se débarrassera des stéréotypes, elle essaiera de trouver une écriture plus vrai.


CONCLUSION :

Texte imagé par des métaphores littéraires. Ecriture constamment existante. Nathalie raconte se que fut une fois ou plusieurs fois sa rencontre avec l’écriture et les mots. En personnifiant les mots, elle montre la fascination qu’ils exerçaient sur elle lorsqu’elle était enfant, cela montre aussi son emprisonnement dans le conventionnel (stéréotype). Cela montre aussi son goût pour les histoires romanesques, qu’elle a définitivement abandonné.

Il y a la naïveté qui est allié à une grande sincérité. Nathalie montre à la fois le plaisir d’écrire, la découverte du plaisir, fascination du pouvoir des mots mais aussi leurs résistances. La fascination et la résistance fait d’elle un écrivain.

Accéder au commentaire de texte : Commentaire : Sarraute : Les mots de chez moi, des mots solides...

Extrait étudié :

Enfance est un récit autobiographique que Nathalie Sarraute fait paraître en 1983 à 81 ans. Née en Russie en 1902,cette avocate de formation est à la fois romancière ( Martereau, Les fruits d’or, Tu ne t’aimes pas) et dramaturge ( Le Mensonge, Pour un oui pour un non ). Dans cette œuvre, elle relate, en faisant parfois alterner deux voix, ses souvenirs d’enfance. Ici, elle rapporte ses premiers pas dans le domaine de l’écriture et s’interroge sur sa relation avec les mots.

Les mots de chez moi, des mots solides que je connais bien, que j’ai disposés ici et là, parmi ces étrangers ,ont un air gauche, emprunté, un peu ridicule … on dirait des gens transportés dans un pays inconnu, dans une société dont ils n’ont pas appris les usages, ils ne savent pas comment se comporter, ils ne savent plus très bien qui ils sont …
Et moi, je suis comme eux, je me suis égarée, j’erre dans des lieux que je n’ai jamais habités … je ne connais pas du tout ce pâle jeune homme aux boucles blondes, allongé près d’une fenêtre d’où il voit les montagnes du Caucase … Il tousse et du sang apparaît sur le mouchoir qu’il porte à ses lèvres … Il ne pourra pas survivre aux premiers souffles du printemps … Je n’ai jamais été si proche un seul instant de cette princesse géorgienne coiffée d’une toque de velours rouge d’où flotte un long voile blanc … elle est enlevée par un djiguite sanglé dans sa tunique noire … une cartouchière bombe chaque côté de sa poitrine … je m’efforce de les rattraper quand ils s’enfuient sur un coursier … « fougueux »… je lance sur lui ce mot … un mot qui me paraît avoir un drôle d’aspect, un peu inquiétant, mais tant pis … ils fuient à travers les gorges, les défilés, portés par un coursier fougueux … ils murmurent des serments d’amour … c’est cela qu’il leur faut … elle se serre contre lui… Sous son voile blanc ses cheveux noirs flottent jusqu’à sa taille de guêpe…
Je ne me sens pas très bien auprès d’eux, ils m’intimident… mais ça ne fait rien, je dois les accueillir le mieux que je peux, c’est ici qu’ils doivent vivre … dans un roman … dans mon roman, j’en écris un, moi aussi, et il faut que je reste ici avec eux… avec ce jeune homme qui mourra au printemps, avec la princesse enlevée par le djiguite… et encore avec cette sorcière aux mèches grises pendantes, aux doigts crochus, assise auprès du feu, qui leur prédit… et d’autres qui se présentent …
Je me tends vers eux… je m’efforce avec mes faibles mots hésitants de m’approcher d’eux plus près, de les tâter, de les manier. Mais ils sont rigides et lisses, glacés… on dirait qu’ils ont été découpés dans des feuilles de métal clinquant… j’ai beau essayer, il n’y a rien à faire, ils restent toujours pareils, leurs surfaces glissantes miroitent, scintillent… ils sont comme ensorcelés.
Et voilà que ces paroles magiques… « Avant de se mettre à écrire un roman, il faut apprendre l’orthographe »… rompent le charme et me délivrent.

Nathalie Sarraute Enfance 1983 (Gallimard, page 84 86)

Ajouté par : admin

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