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acte V, scène 5 de Racine (cliquez sur le titre ou l'auteur pour effectuer une recherche)

Auteur : Racine

Titre : acte V, scène 5

Époque : 17 ième

Oeuvre dont est tiré le titre : Andromaque

Accéder au commentaire de texte : Commentaire : Racine : acte V, scène 5

2e proposition de corrigé : 2e commentaire : Racine : acte V, scène 5

3e proposition de corrigé : 3e commentaire : Racine : acte V, scène 5

Extrait étudié :

Andromaque, acte V, scène 5


I) La fuite :

A. Il n’y a aucune autre issue : ni le combat, inégal, ni le sacrifice, inutile.
Pylade, roi et conseiller, cherche à sauver son ami Oreste.
Il lui propose la solution de la dernière chance. Acte I, scène 1, il était là pour accueillir Oreste. Acte V, scène 5, il est là pour le sauver. Cette reprise des mêmes personnages confirme le statut d’épilogue : retour au point de départ, la boucle est bouclée. Le dramaturge remet sur scène ces personnages afin de signifier la fin.


B. C’est le dernier espoir :

1. Les dangers sont nombreux : v.4 « tout le peuple assemblé » (périphrase destinée à impressionner) ; v.6 « nous comme ennemis » : leur position sociale a changé ;v.3 « nos Grecs pour un moment... » : ils ont encore des alliés, mais cela ne va pas durer.
2.Il est urgent de s’enfuir. Ch. lex. du temps (« pour un moment », 3, « n’attendons pas », 11, « Hermione tient encore le peuple autour d’elle », 13, « Amis, le temps nous presse »,66)
Le délai est donc du au spectacle du suicide d’Hermione. Le peuple hostile va bientôt reprendre sa chasse.

II) La mort :

Elle est très présente dans ce passage. On la retrouve dans :

1. Les deux récits successifs de Pylade à Oreste. Le premier ayant ici la double fonction de narrateur et de confident dévoile au spectateur en même temps qu’à son ami ce qui s’est déroulé en dehors de la scène. De cette façon la bienséance est respectée : pas d’action violente, pas de sang sur scène.
Il ne faut pas choquer.
(De même l’unité de lieu ne souffre pas. Le temple et le palais restent deux lieux distincts :

Le temple est ouvert, extérieur, politique, populaire. C’est le lieu de l’action invisible, juste évoquée.

Le palais est fermé, royal, calme. C’est le lieu des passions intérieures, de la réflexion.)


2. La crainte d’être assassiné : par un euphémisme, v.2, Pylade évoque le risque de mort « n’en sortir jamais ». Il ne doit pas montrer de lâcheté, mais il a peur... Le champ lexical de la violence [« défendent la porte » 3 , « main forte » 4, « ennemis » 5, « on le venge » 9, « venger » 10 , « sûreté » 14] montre qu’il ne s’agit pas d’une simple arrestation puis d’un jugement qui attend ces régicides. Ils mourront si le peuple, les soldants les attrapent. La violence sera aussi celle que l’on s’inflige soi-même, parce que l’on souffre trop. Hermione, v.32, va « se frapper et tomber ». Oreste veut, dans un geste de démence, s’arracher le coeur et le porter à celle qui l’a fait souffrir (v.65).

3. Le ch. lex. de la mort, constant, du début à la fin du texte : l.20, 21 (deux fois), 22, 28 « trépas », 31 « poignard », 32 « se frapper et tomber », 40 « je meurs content », 43 « en mourant », la périphrase 45 « épaisse nuit » ou 61 « l’éternelle nuit »

4. le ch. lex. de l’horreur, qui dépeint une vison apocalyptique : trois fois le mot « sang » dont une fois dans l’hyperbole « ruisseaux de sang » (28,42,48), « poignard », la litote qui atténue l’insoutenable : 29 « cet objet » (le corps de Pyrrhus transpercé et couvert de sang), 52 « percé de tant de coups », 58 « filles d’enfer », 57 « démons » et « serpents », 64 « déchirer » et 65 « mon cœur à dévorer ». On peut ajouter à ces termes les connotations morbides des couleurs rouge et noire qui obsèdent Oreste dans son hallucination.

III) La folie :

Au comportement logique de Pylade s’oppose celui d’Oreste, irrationnel et désespéré, souhaitant la mort, hurlant des imprécations aux Dieux, provoquant la mort. C’est sa punition, mais pour quelle faute ?
En effet, son tort est d’être « follement » amoureux. Il présente une démarche courageuse et suicidaire au début de la scène : v. 17 « J’ai fait le crime et je vais l’expier ». (Pourtant, ce n’est pas lui qui a directement tué Pyrrhus. Ce sont ses hommes. Il a avoué ne pas en avoir eu le courage. ) Apprenant la mort d’Hermione, il garde quelques instants de lucidité, lançant des imprécations au Ciel qui s’acharne sur lui et parlant avec ironie de son sort. Mais il parle déjà de lui au passé : vers 38 : « j’étais né pour servir d’exemple à ta colère ». Hermione est morte, il n’a plus d’avenir et pense encore plus au suicide (v.42) : « Dans leur sang, dans le mien, il faut que je me noie / L’un et l’autre en mourant je les veux regarder. »
Il n’aura pas l’occasion d’accomplir cet acte qui en ferait quelqu’un de responsable. Les Dieux peuvent aller encore plus loin dans la punition et vont le rendre fou. Il se voit alors, dans un décor sanguinolent, poursuivi par les « regards affreux » d’Hermione (v.56), par les serpent et les démons qui sont derrière elle (v.57), par les « Filles d’enfer » (59), (les Furies ou Erynies) tirant derrière elles un véhicule nautique certainement (« l’appareil ») destiné à l’emporter à tout jamais (v.60) sur le fleuve des Enfers. La fatalité, le « fatum » dispose ainsi de l’individu. Oreste sait qu’il n’est qu’un jouet entre les mains des Dieux. Il manifeste l’acceptation de ce rôle (l.38 : j’étais né pour servir d’exemple ») par l’ironie (v.34, « je te loue, ô Ciel », v.40 « je meurs content et mon sort est rempli », v. 41 « pour couronner ma joie ». Stupidité ? Provocation ? Il ne peut pas être plus mal traité, « modèle accompli » du malheur, comme il le dit lui-même. Mais il se dit peut-être qu’il l’a mérité. Il n’est pas insensible : au contraire, il souffre tant qu’il ne sent plus les coups. Cette folie, c’est certainement une façon (brutale et involontaire) d’échapper à sa douleur.
Les manifestations de la folie d’Oreste :
a) Ses sens sont brouillés (obscurité, rouge) ; vision (face à Pylade, il voit Pyrrhus, au vers 50, et le frappe enfin « Tiens, tiens, voilà le coup que je t’ai réservé » )
b) Son élocution se trouble : le récit hésite et bégaye (les serpents d’Hermione deviennent ceux des Furies). Dans l’écriture, Racine s’applique à produire des effets de style marqués : la ponctuation interrogative montre l’incompréhension, les points de suspension la stupéfaction et le doute. La suite de verbes au présent de l’indicatif nous permet de suivre « en direct » la progression de la folie.
c) Oreste délire à haute voix et nous fait part de ses visions. Elles n’ont rien de réaliste, mais elles ne le suprennent même plus. Il se laisse emporter. Les impératifs de la fin « Venez (62)... Mais non, retirez-vous (63) » montre d’abord qu’il ne sait plus ce qu’il veut, ensuite qu’il est devenu une victime, qu’il n’est plus acteur de sa vie. Il parle même une fois de lui à la troisième personne (v. 62)
La synecdoque qui achève sa tirade : « Et je lui porte enfin mon cœur à dévorer » nous indique que pour lui, Hermione fait maintenant partie des Furies, ces divinités qui poursuivent les assassins.
d) Son comportement, déjà agité, devient violent : « Tiens, tiens » fait presque partie des didascalies et les derniers mots de Pylade, parlant de son ami à la troisième personne, nous permettent de comprendre qu’il s’est évanoui et qu’il faut vite en profiter : « il perd le sentiment... Sauvons-le... reprenait sa rage avec ses sens ». Une fuite donc, mais surtout un personnage dégradé, dont il faut maintenant s’occuper comme d’un enfant.

Conclusion : La fonction cathartique de la tragédie (la catharsis correspond au fait de provoquer l’horreur et la pitié chez le spectateur afin de le purifier de ses mauvais penchants) est parfaitement remplie par cet épilogue qui contient le récit d’un meurtre, la description du corps sanglant, le récit précis d’un suicide, la vision d’un personnage qui maudit les Dieux et qui perd la raison...
La scène de théâtre est ici le lieu de l’extrême où se rejoignent la passion et la folie, la gloire et la mort. Et Racine termine par cette pitié qui ne peut que nous saisir à la vue d’Oreste fou. Ce personnage n’était ni le méchant (Pyrrhus) ni le héros (Andromaque). Il a été emporté par une histoire plus grande que la sienne, jouet de la fatalité, comme nous pouvons tous l’être un jour. Mais il ne sort pas grandi de cette histoire qui se déroule au-dessus de sa tête. Il y perd au contraire sa dignité et son humanité. Il se trouve rabaissé au rang de « déchet » et évacué de la scène par ses camarades consternés.
Si nous pouvions jusqu’alors nous comparer à lui, et même le trouver sympathique en amoureux sans cesse repoussé, l’identification du spectateur au personnage cesse brutalement.
Quelle horreur ! Quelle tragédie !

Ajouté par : admin

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