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Lettre 12 de Montesquieu (cliquez sur le titre ou l'auteur pour effectuer une recherche)

Auteur : Montesquieu

Titre : Lettre 12

Époque : 18 ième

Oeuvre dont est tiré le titre : Lettres persanes

montesquieu

Usbek au même, à Ispahan

Tu as vu, mon cher Mirza, comment les Troglodytes périrent par leur méchanceté même, et furent les
Victimes de leurs propres injustices. De tant de familles, il n'en resta que deux qui échappèrent aux malheurs
de la Nation. Il y avait dans ce pays deux hommes bien singuliers : ils avaient de l'humanité ; ils
connaissaient la justice ; ils aimaient la vertu. Autant liés par la droiture de leur coeur que par la corruption
de celui des autres, ils voyaient la désolation générale, et ne la ressentaient que par la pitié : c'était le motif
d'une union nouvelle. Ils travaillaient avec une sollicitude commune pour l'intérêt commun ; ils n'avaient de
différends que ceux qu'une douce et tendre amitié faisait naître ; et, dans l'endroit du pays le plus écarté,
séparés de leurs compatriotes indignes de leur présence, ils menaient une vie heureuse et tranquille. La terre
semblait produire d'elle-même, cultivée par ces vertueuses mains.

Ils aimaient leurs femmes, et ils en étaient tendrement chéris. Toute leur attention était d'élever leurs
enfants à la vertu. Ils leur représentaient sans cesse les malheurs de leurs compatriotes et leur mettaient
devant les yeux cet exemple si triste ; ils leur faisaient surtout sentir que l'intérêt des particuliers se trouve
toujours dans l'intérêt commun ; que vouloir s'en séparer, C'est vouloir se perdre ; que la vertu n'est point
une chose qui doive nous coûter ; qu'il ne faut point la regarder comme un exercice pénible ; et que la
justice pour autrui est une charité pour nous.

Ils eurent bientôt la consolation des pères vertueux, qui est d'avoir des enfants qui leur ressemblent. Le
jeune peuple qui s'éleva sous leurs yeux s'accrut par d'heureux mariages : le nombre augmenta, l'union fut
toujours la même ; et la vertu, bien loin de s'affaiblir dans la multitude, fut fortifiée, au contraire, par un plus
grand nombre d'exemples.

Qui pourrait représenter ici le bonheur de ces Troglodytes ? Un peuple si juste devait être chéri des
dieux. Dès qu'il ouvrit les yeux pour les connaître, il apprit à les craindre, et la religion vint adoucir dans les
moeurs ce que la nature y avait laissé de trop rude.

Ils instituèrent des fêtes en l'honneur des dieux : les jeunes filles ornées de fleurs, et les jeunes garçons
les célébraient par leurs danses et par les accords d'une musique champêtre. On faisait ensuite des festins où
la joie ne régnait pas moins que la frugalité. C'était dans ces assemblées que parlait la nature naïve ; c'est là
qu'on apprenait à donner le coeur et à le recevoir ; c'est là que la pudeur virginale faisait en rougissant un
aveu surpris, mais bientôt confirmé par le consentement des pères ; et c'est là que les tendres mères se
plaisaient à prévoir de loin une union douce et fidèle.

On allait au temple pour demander les faveurs des dieux ; ce n'était pas les richesses et une onéreuse
abondance : de pareils souhaits étaient indignes des heureux Troglodytes ; ils ne savaient les désirer que
pour leurs compatriotes. Ils n'étaient au pied des autels que pour demander la santé de leurs pères, l'union de
leurs frères, la tendresse de leurs femmes, l'amour et l'obéissance de leurs enfants. Les filles y venaient
apporter le tendre sacrifice de leur coeur, et ne leur demandaient d'autre grâce que celle de pouvoir rendre un
Troglodyte heureux.

Le soir, lorsque les troupeaux quittaient les prairies, et que les boeufs fatigués avaient ramené la charrue,
ils s'assemblaient, et, dans un repas frugal, ils chantaient les injustices des premiers Troglodytes et leurs
malheurs, la vertu renaissante avec un nouveau peuple, et sa félicité. Ils célébraient les grandeurs des dieux,
leurs faveurs toujours présentes aux hommes qui les implorent, et leur colère inévitable à ceux qui ne les
craignent pas ; ils décrivaient ensuite les délices de la vie champêtre et le bonheur d'une condition toujours
parée de l'innocence. Bientôt ils s'abandonnaient à un sommeil que les soins et les chagrins n'interrompaient
jamais.

La nature ne fournissait pas moins à leurs désirs qu'à leurs besoins. Dans ce pays heureux, la cupidité
était étrangère : ils se faisaient des présents où celui qui donnait croyait toujours avoir l'avantage. Le peuple
troglodyte se regardait comme une seule famille ; les troupeaux étaient presque toujours confondus ; la
seule peine qu'on s'épargnait ordinairement, c'était de les partager.

D'Erzeron, le 6 de la lune de Gemmadi 2, 1711.

Fiche Bac :

Intro:
Il s'agit ici d'un contreponit à la dégénérescence des Troglodytes.
On a la vision idyllique d'une société utopique.
On reprend la forme du comte à la ligne 3 : "Il y avait dans ce pays..."
Société fondée sur une caractéristique : la vertu
Description idyllique d"une société positive.
Comparaison des 2 sociétés : les "méchantsé Troglodytes et les "vertueux" Troglodytes.

I/ Tableau d'une société vertueuse
A/ Les "bons" Troglodytes = expression des qualités naturelles

Ils cultivent des valeurs positives.
- Voc. valorisant
ex: "Ils avaient de l'humanité" (l.6)
- Culture des valeurs morales
ex: "ils connaissaient la justice"; "ils aimaient la vertu" (l.6-7); "la droiture de leur coeur" (l.8)

B/ L'altruisme et le sens du partage

- Ils agissent tous en vu du bien commun
ex : "ils travaillaient avec une sollicitude commune", "dans l'interêt commun" (l.11-12)
- cet altruisme se transmet de père en fils.
- réciprocité des sentiments ex: l.50 et 58
- l'éducation de la vertu aux enfants l.29-30

II/ Les fondements de la société idéale
A/ L'importance du "naturel vertueux"

- la vertu est un don naturel/inhérent à la nature
- comparaison avec les "méchants" Troglodytes. Ils ont devant les yeux 1 socité qui ne fonctionne pas et ils en tirent des ccl.

B/ La valeur du travail

- bien commun
- répartir et partager
- les fruits du travail doivent être également répartis (--> différent de l'individualisme des 1ers troglodytes.

C/ Société harmonieuse

bonheur, paradis sur terre --> terre fertile qui produit d'elle-mm.
Société harmonieuse qui se ressent:
- ds le couple
- ds la vie de famille
Terre fertile = référence au mythe de l'âge d'or.
Ds l'Antiquité on croyait que l'âge d'or était au commencement de la Terre.
Âge de fer = l'homme ne peut se nourir qu'avec le fruit de son travail.
Âge d'or = les fruits par millers, le bonheur à l'état pur.
On le retrouve chez Ovide (=poète latin de l'époque de l'empereur Auguste env. 20 ap. J.-C). Il a fait une description de l'âge d'or.

D/ L'importance de la religion

- Pour Voltaire : Dieu est le grd horloger de l'Univers.
- Pour Rousseau : Il croit en un être universel, que c'est la société qui a perverti l'homme.
- Diderot : croit qu'il existe une vertu laïque. On peut être vertueux sans religion.

Idée de religion:
~ fêtes en l'honneur des Dieux (l.41)
~ Repose sur l'idée de la vertu récompensée (l.52)
~Conception grecquo-latine de la religion (l.42-51)

III/ L'apologue et des interprétations politiques, morales et philosophiques
A/ Les choix politiques

Cette société est un microcosme : 2familles au départ.
Chez les 1ers Troglodytes ==> masse qui ne peut s'éduquer

B/ Interprétation morale = reproductivité de la vertu

La vertu est-elle héréditaire?
éducation de la vertu :
~repose sur des valeurs religieuses
~repose sur l'exemple.
L'Empirisme => Bible
Titre exemple des lois de la Nature.

C/ Les implifications --> cf. Les Lumières

Idéal des Lumière --> citoyens responsables

CCL Générale:
Tableau idyllique. Montesquieu associe la vertu et le bonheur. Il montre aussi par comparaison entre les bons et les méchants T. que l'évolution des sociétés se fonde sur le naturel.
Interprétation de l'apologue --> on peur se poser des ?
Que serait une société totalement aboutie?

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