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acte II, scène 3 de Molière (cliquez sur le titre ou l'auteur pour effectuer une recherche)

Auteur : Molière

Titre : acte II, scène 3

Époque : 17 ième

Oeuvre dont est tiré le titre : Dom Juan

Accéder au commentaire de texte : Commentaire : Molière : acte II, scène 3

Extrait étudié :

MOLIÈRE

A N A L Y S E D E L ’ OE U V R E


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ACTE II SCÈNE 3

R E P È R E S

Une scène de farce

• Le premier jeu de scène (« se mettant entre deux et poussant Dom Juan ») définit le rôle de Pierrot auprès de Dom Juan : il est un obstacle s’interposant entre Charlotte et celui-ci, tandis que Charlotte se découvre un « adjuvant » du séducteur (« Et laisse-le faire aussi, Piarrot »). Quant à Sganarelle, s’il est d’abord du côté du paysan, quoique peut-être avec quelque condescendance (« Écoute, mon pauvre garçon, retire-toi, et ne lui dis rien »), le soufflet qu’il reçoit à sa place le ramène illico auprès du maître. Pierrot apparaît ainsi au centre des relations entre les différents « couples » de la scène : Charlotte-Dom Juan, Sganarelle-Dom Juan. Quoique lésé d’amour et de reconnaissance, il reste comique en tant que moteur de la dynamique farcesque de cette scène.

• Un des traits caractéristiques de la farce est qu’elle repose sur le jeu de gestes. De nombreuses didascalies externes (en italique) soulignent la dynamique toute physique de la scène :

1. Pierrot s’interpose ; Dom Juan le repousse ; Charlotte le tire.

2. Dom Juan soufflette Pierrot.

3. Pierrot et Dom Juan tournent autour de Charlotte.

4. Sganarelle devient le pivot du jeu de scène jusqu’au moment où il reçoit le soufflet adressé à Pierrot.

Tous les personnages en présence jouent ainsi une sorte de ballet qui s’achève « sur » le valet de Dom Juan.

O B S E R VAT I O N

Violence sociale et farce

• Dans cette scène, Dom Juan perd quelque chose du grand seigneur : s’il garde la morgue de l’aristocrate, il s’abaisse à la farce en giflant Pierrot. Du côté de la puissance certes, mais participant pleinement au ballet scénique organisé autour du paysan. Ce mélange de morgue et de rabaissement s’exprime à travers la manière que Dom Juan a de ne pas s’adresser directement à Pierrot, mais de le désigner dans un premier temps (« cet impertinent »), puis d’associer ses interpellations à la menace des coups (« Qu’est-ce que vous dites ? »).

• La farce reproduit donc la hiérarchie des rôles entre les personnages : Pierrot ne peut répondre à Dom Juan par des soufflets, quoiqu’il n’hésite pas à lui dire son fait (« parce qu’ous estes Monsieu, ous viendrez caresser nos femmes à notre barbe ? »). Il ne peut que l’éviter, tout en s’adressant plus directement à Charlotte. De même, Sganarelle reste le valet qui donne son avis (« Eh ! Monsieur, laissez là… ») et manifeste sa condescendance vis-à-vis du paysan, un peu comme il faisait avec Gusman (« mon pauvre garçon »).

Cela dit, la farce recourt généralement à des personnages d’un rang plus bas que celui de Dom Juan. La mise à distance du séducteur, initiée par le récit de Pierrot, se poursuit donc à travers la gestuelle de toute cette scène : c’est la violence de la différence sociale qui est ainsi soulignée, non la grandeur attachée à la noblesse. Chez celui que ses contemporains appelaient « le plus grand farceur de France », les coups sont toujours un ressort du comique (voir Les Fourberies de Scapin).

I N T E R P R É TAT I O N S

L’économie farcesque de la charité

• Que Sganarelle reçoive le soufflet destiné à Pierrot maintient la logique de son rôle auprès de Dom Juan : il est celui sur qui se reportent la violence ou les évitements de son maître. Tout comme Dom Juan se « défaussait » sur lui des questions d’Elvire, il finit par lui donner le coup qu’il ne parvient plus à donner au paysan. La scène est d’autant plus drôle que Sganarelle était en train d’exercer sa grandeur d’âme devant Pierrot, à qui il doit finalement une récompense très ironique.

Une morale se dégage de ce ballet : nul n’est récompensé de sa bonté, ni Pierrot qui a sauvé Dom Juan d’une noyade certaine et se retrouve dépossédé de la femme qu’il aime, ni Sganarelle dont la « charité » est payée d’un soufflet.

La farce rend manifeste la morale dépravée du séducteur : c’est celui qui ment qui gagne Charlotte, celui qui est le plus fort socialement qui décide du « paiement » des bienfaits.

• Que Dom Juan énonce cette morale en une formule lapidaire (« Te voilà payé de ta charité ») est logique : c’est lui le plus fort. Comme dans la fable du Loup et de l’agneau qui paraîtra dans le premier recueil des Fables, trois ans après Dom Juan, la force l’emporte, non le droit. Force qui est ici aussi de pouvoir dire la morale « libertine » de l’action – libertine en ce qu’elle met à mal les codes chrétiens qui règlent la vie en société, ou tout au moins les apparences de cette vie. Aussi la remarque de Dom Juan est-elle surtout choquante, parce qu’elle énonce clairement une sorte de réalité de la force sous les apparences du droit, prémice par là même de l’analyse du monde dans la tirade sur l’hypocrisie. La dénonciation des apparences est, de fait, un des traits caractéristiques de la position libertine au XVIIe siècle. En même temps, cette morale « inverse » correspond tout à fait à la logique cruelle de la farce, qui fait rire des choses graves.

Ajouté par : admin

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