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Lettre 141 de Laclos (cliquez sur le titre ou l'auteur pour effectuer une recherche)

Auteur : Laclos

Titre : Lettre 141

Époque : 18 ième

Oeuvre dont est tiré le titre : Les liaisons dangeureuses

Accéder au commentaire de texte : Commentaire : Laclos : Lettre 141

Extrait étudié :

Texte étudié:

Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont

Du château de... 24 novembre 17**.

Mon Dieu! Vicomte, que vous me gênez par votre obstination! Que vous importe mon silence? croyez-vous, si je le garde, que ce soit faute de raisons pour me défendre. Ah! plût à Dieu! Mais non, c'est seulement qu'il m'en coûte de vous les dire.

Parlez-moi vrai; vous faites-vous illusion à vous-même, ou cherchez-vous à me tromper? la différence entre vos discours et vos actions ne me laisse de choix qu'entre ces deux sentiments: lequel est le véritable? Que voulez-vous donc que je vous dise, quand moi-même je ne sais que penser?

Vous paraissez vous faire un grand mérite de votre dernière scène avec la Présidente; mais qu'est-ce donc qu'elle prouve pour votre système, ou contre le mien? Assurément je ne vous ai jamais dit que vous aimiez assez cette femme pour ne la pas tromper, pour n'en pas saisir toutes les occasions qui vous paraîtraient agréables ou faciles: je ne doutais même pas qu'il ne vous fût à peu près égal de satisfaire avec une autre, avec la première venue, jusqu'aux désirs que celle-ci seule aurait fait naître; et je ne suis pas surprise que, par un libertinage d'esprit qu'on aurait tort de vous disputer, vous ayez fait une fois par projet ce que vous aviez fait mille autres par occasion. Qui ne sait que c'est là le simple courant du monde, et votre usage à tous tant que vous êtes, depuis le scélérat jusqu'aux espèces? Celui qui s'en abstient aujourd'hui passe pour romanesque, et ce n'est pas là, je crois, le défaut que je vous reproche.

Mais ce que j'ai dit, ce que j'ai pensé, ce que je pense encore, c'est que vous n'en avez pas moins de l'amour pour votre Présidente; non pas, à la vérité, de l'amour bien pur ni bien tendre, mais de celui que vous pouvez avoir; de celui, par exemple, qui fait trouver à une femme les agréments ou les qualités qu'elle n'a pas; qui la place dans une classe à part, et met toutes les autres en second ordre; qui vous tient encore attaché à elle, même alors que vous l'outragez; tel enfin que je conçois qu'un sultan peut le ressentir pour sa sultane favorite, ce qui ne l'empêche pas de lui préférer souvent une simple odalisque. Ma comparaison me paraît d'autant plus juste que comme lui, jamais vous n'êtes ni l'ami, ni l'amant d'une femme; mais toujours son tyran ou son esclave. Aussi suis-je bien sûre que vous vous êtes bien humilié, bien avili, pour rentrer en grâce avec ce bel objet! et trop heureux d'y être parvenu, dès que vous croyez le moment arrivé d'obtenir votre pardon, vous me quittez pour ce grand événement.

Encore dans votre dernière lettre, si vous ne m'y parlez pas de cette femme uniquement, c'est que vous ne voulez me rien dire de vos grandes affaires; elles vous semblent si importantes, que le silence que vous gardez sur elles, vous le croyez une punition pour moi. Et c'est après ces mille preuves de votre préférence décidée pour une autre, que vous me demandez tranquillement s'il y a encore quelque intérêt commun entre vous et moi! Prenez-y garde, Vicomte! si une fois je réponds, ma réponse sera irrévocable; et craindre de la faire en ce moment, c'est déjà peut-être en dire trop. Aussi je n'en veux absolument plus parler.

Tout ce que je peux faire, c'est de vous raconter une histoire. Peut-être n'aurez-vous pas le temps de la lire, ou celui d'y faire assez attention pour la bien entendre? libre à vous. Ce ne sera, au pis-aller, qu'une histoire de perdue. (…) »

Article ajouté le 09\11\2007 à 18:35:56

Article validé le 09\11\2007 à 18:52:07

Ajouté par : admin

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Commentaires postés pour réagir à cet article :



Posté le 19/11/2008 à 16:15:08 par winono :

le lien marche pas !!!


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