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Antimémoires de Malraux (André ) (cliquez sur le titre ou l'auteur pour effectuer une recherche)

Auteur : Malraux (André )

Titre : Antimémoires

Époque : 19 ième

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Extrait étudié :

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Nous approchons pas à pas du perron. Je le regarde (il regarde devant lui). […] Je sais qu'il va de nouveau intervenir. Sur la jeunesse? Sur l'armée? Aucun homme n'aura si puissamment secoué l'histoire depuis Lénine. La Longue Marche le peint mieux que tel trait personnel, et sa décision sera brutale et acharnée. Il hésite encore, et il y a quelque chose d'épique dans cette hésitation dont je ne connais pas l'objet. Il a voulu refaire la Chine, et il l'a refaite; mais il veut aussi la révolution ininterrompue, avec la même fermeté, et il lui est indispensable que la jeunesse la veuille aussi... Je pense à Trotsky, mais la révolution permanente se référait à un autre contexte, et je n'ai connu Trotsky qu'après la défaite (le premier soir, à Royan, l'éclat de ses cheveux blancs dressés, son sourire et ses petites dents séparées dans l'éclat des phares de l'auto)... L'homme qui marche lentement à mon côté est hanté par plus que la révolution ininterrompue; par une pensée géante dont nous n'avons parlé ni l'un ni l'autre: les sous-développés sont beaucoup plus nombreux que les pays occidentaux, et la lutte a commencé dès que les colonies sont devenues des nations.
Il sait qu'il ne verra pas la révolution planétaire. Les nations sous-développées sont dans l'état où se trouvait le prolétariat en 1848. Mais il y aura un Marx (et d'abord lui-même), un Lénine. On fait beaucoup de choses en un siècle!... Il ne s'agit pas de l'union de tel prolétariat extérieur avec un prolétariat intérieur, de l'union de l'Inde avec les travaillistes, de l'Algérie avec les communistes français; il s'agit des immenses espaces du malheur contre le petit cap européen, contre la haïssable Amérique. Les prolétariats rejoindront les capitalismes, comme en Russie, comme aux États-Unis. Mais il y a un pays voué à la vengeance et à la justice, un pays qui ne déposera pas les armes, qui ne déposera pas l'esprit avant l'affrontement planétaire. Déjà trois cents ans d'énergie européenne s'effacent; l'ère chinoise commence. Il m'a fait penser aux empereurs, et il me fait penser maintenant, debout, aux carapaces couvertes de rouille des chefs d'armée qui appartinrent aux allées funéraires des empereurs, et que l'on voit abandonnées dans les champs de sorgho.
Derrière toute notre conversation se tenait aux aguets l'espoir du crépuscule d'un monde. Dans l'immense couloir, les dignitaires se sont arrêtés, sans oser se retourner.
- Je suis seul, répète-t-il. Soudain, il rit: "Enfin, avec quelques amis lointains: veuillez saluer le général de Gaulle.
"Quant à eux (il veut parler des Russes), la Révolution, vous savez, au fond, ça ne les intéresse pas..."
L'auto démarre. J'écarte les petits rideaux de la vitre du fond. Comme lorsque je suis arrivé, mais cette fois en pleine lumière, il est seul en costume sombre au centre d'un cercle un peu éloigné de costumes clairs. Des houppes soyeuses de mimosas passent dans le vent comme des flocons, comme les houppes de kapok au-dessus de la reine de la Casamance. Au-dessus, un avion brillant passe en ligne droite. Avec le geste millénaire de la main en visière, le Vieux de la Montagne le regarde s'éloigner, en protégeant ses yeux du soleil.

Article ajouté le 26\09\2007 à 13:01:52

Article validé le 03\10\2007 à 04:59:39

Ajouté par : admin

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