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Par delà bien & mal, V, Remarques sur l'histoire naturelle de la morale, de Nietzsche (cliquez sur le titre ou l'auteur pour effectuer une recherche)

Auteur : Nietzsche

Titre : Par delà bien & mal, V, Remarques sur l'histoire naturelle de la morale,

Époque : 19 ième

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Extrait étudié :

Connaissance - Imagination - Interprétation

Par delà bien & mal, V, Remarques sur l'histoire naturelle de la morale, § 192, Bouquins, T. II, p. 637.


Qui suit pas à pas l'histoire d'une science particulière y trouve une ligne générale qui lui permettra de comprendre les procédés les plus anciens et les plus communs de tout « savoir » et de toute « connaissance ». Dans l'un et l'autre cas, on rencontre d'abord des hypothèses hâtives, des inventions fantaisistes, la bonne et sotte volonté de « croire », le défaut de méfiance et de patience ; ce n'est que sur le tard que nos sens apprennent, et ils n'apprennent jamais tout à fait, à être les organes subtils, fidèles et circonspects de la connaissance. Notre il trouve plus commode, à l'occasion d'un objet donné, de former à nouveau une image qu'il a maintes fois formée, que de retenir ce qui fait la différence et la nouveauté d'une impression : il y faudrait plus de force, plus de « moralité ». Notre oreille souffre d'entendre des sons nouveaux : nous saisissons mal une musique étrangère. Involontairement, quand nous entendons une langue étrangère, nous essayons de transposer les sons propres en mots qui nous soient plus familiers, en mots de chez nous. C'est ainsi par exemple, que les Allemands, ayant entendu le mot arcuballista, en ont fait Armbrust. La nouveauté trouve nos sens hostiles et rebelles, et même dans les processus sensoriels les plus « simples » « règnent » déjà les passions : la crainte, l'amour, la haine, sans oublier la passion passive de la paresse. De même qu'un lecteur ne lit pas aujourd'hui tous les mots (et encore moins toutes les syllabes) d'une page, mais de vingt mots en prend quatre ou cinq au hasard et « devine » le sens qu'il présume leur convenir, de même nous ne voyons jamais un arbre exactement et complètement, avec ses feuilles, ses branches, sa couleur, sa forme ; il nous est tellement plus facile de laisser notre imagination former un à peu près d'arbre ! Même en présence des événements les plus étranges, nous ne procédons pas autrement ; nous imaginons la plus grande partie de l'événement et nous sommes à peine capables de ne pas assister en « inventeurs » à n'importe quel phénomène. En d'autres termes, nous sommes par nature et depuis toujours habitués à mentir. Ou pour le dire avec plus de politesse et d'hypocrisie, et aussi de façon plus agréable à l'oreille, chacun est beaucoup plus artiste qu'il ne pense. Au cours d'une conversation animée, je vois souvent le visage de mon interlocuteur, selon la pensée qu'il exprime ou que je crois avoir éveillée en lui, si nettement et avec une telle minutie dans le détail, que ce degré de netteté dépasse de beaucoup l'acuité de-mes facultés visuelles : il faut donc que le jeu des muscles et l'expression des yeux aient été, dans le détail, ajoutés par mon imagination. Le visage de mon interlocuteur avait probablement une tout autre expression, ou n'en avait aucune.

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