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Science - Masse - Quantité de Bachelard (cliquez sur le titre ou l'auteur pour effectuer une recherche)

Auteur : Bachelard

Titre : Science - Masse - Quantité

Époque : 20 ième

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Extrait étudié :

Science - Masse - Quantité

La philosophie du non, Paris, P.U.F., 1940, pp. 22-24.


Sous sa première forme, la notion de masse correspond à une appréciation quantitative grossière et comme gourmande de la réalité. On apprécie une masse des yeux. Pour un enfant avide, le plus gros fruit est le meilleur, celui qui parle le plus clairement à son désir, celui qui est l'objet substantiel du désir. La notion de masse concrétise le désir même de manger. La première contradiction est alors, comme toujours, la première connaissance. On l'acquiert dans la contradiction du gros et du pesant. Une coque vide contredit l'avidité. De cette déception prend naissance une connaissance valorisée que le fabuliste prendra comme symbole de l'expérience acquise par « les vieilles personnes », Quand on tient un bien dans le creux de la main, on commence à comprendre que le plus gros n'est pas nécessairement le plus riche. Une perspective d'intensités vient soudain approfondir les premières visions de la quantité. Aussitôt la notion de masse s'intériorise.
Elle devient le synonyme d'une richesse profonde, d'une richesse intime d'une concentration des biens. Elle est alors l'objet de curieuses valorisations où les rêveries animistes les plus diverses se donnent libre cours. A ce stade, la notion de masse est un concept-obstacle. Ce concept bloque la connaissance : il ne la résume pas (...). Du point de vue dynamique, le concept animiste de masse est aussi trouble que du point de vue statique. Pour l'homo faber, la masse est toujours une massue.
La massue est un outil de puissance ; c'est donc dire que sa fonction n'est pas facilement analysée. Corrélativement, le sens commun néglige la masse des choses menues, des choses « insignifiantes ». En résumé, la masse n'est une quantité que si elle est assez grosse. Elle n'est donc pas, primitivement, un concept d'application générale comme le serait un concept formé dans une philosophie rationaliste.

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