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Dédiée aux musiciens de Cendrars (cliquez sur le titre ou l'auteur pour effectuer une recherche)

Auteur : Cendrars

Titre : Dédiée aux musiciens

Époque : 20 ième

Oeuvre dont est tiré le titre : Prose du transsibérien

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Extrait étudié :

Blaise Cendrars, Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France (1913)

Blaise Cendrars évoque, dans ce long poème qui fut illustré par le peintre Sonia Delaunay, le souvenir d'un voyage (une fugue) qu'il fit à 16 ans, et qui le conduisit de Russie en Mandchourie.


Prose du Transsibérien
Dédiée aux musiciens



En ce temps-là j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à seize mille lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon cœur, tour à tour, brûlait
Comme le temple d' Éphèse ou comme la Place Rouge de Moscou
Quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j'étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu'au bout.

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare
Croustillé d'or,
Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches
Et l'or mielleux des cloches...
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
J'avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes

Puis, tout à coup, les pigeons du Saint Esprit s'envolaient sur la place
Et mes mains s'envolaient aussi, avec des bruissements d'albatros
Et ceci, c'était les dernières réminiscences du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.

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